Édition : Bas-Rhin - 15 octobre 2026

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Grand Format – Maison de la Femme et de la Fertilité à Strasbourg, au-delà des soins : faire corps avec les émotions

Nichée au 3ème étage d’un immeuble discret du quartier des Contades, la Maison de la Femme et de la Fertilité réunit sous un même toit gynécologues, sages-femmes, ostéopathe, psychologue et micronutritionniste. Une réponse concrète à un enjeu de santé publique, qui touche un couple sur quatre en France, mais aussi un refuge ouvert à toutes les femmes en quête de réponses, dans une société où les injonctions se multiplient sans jamais se ressembler. Ici, l’approche se veut globale, bienveillante et coopérative pour donner, ensemble, toutes les chances à un projet de vie.

Tout part d’un manque, repéré à des centaines de kilomètres d’ici. A Paris, Emmanuelle Sabbagh, alors gynécologue à l’hôpital, découvre les maisons dédiées aux femmes. Celles où l’où passe d’une consultation médicale à une séance d’acupuncture sans changer d’étage, ni de regard. De retour à Strasbourg, le contraste est net : pour trouver un accompagnement aussi complet, certaines patientes parcourent des kilomètres… comme s’il fallait encore choisir entre rigueur médicale et attention humaine ! C’est un congrès qui met sur sa route Sidi Kasbaoui. Gynécologue spécialisé en fertilité, il rêve lui aussi d’exercer autrement qu’à l’hôpital : soigner sans perdre le temps d’accompagner. Elle porte la vision, il porte l’exigence. De cette rencontre naît une conviction commune : réunir les compétences plutôt que les disperser, pour que la fertilité ne se réduise plus à un simple protocole. En 2023, le contexte local confirme leur réflexion : l’ouverture d’un second centre de FIV à la Clinique Sainte-Anne réduit les délais d’attente à Strasbourg. Les deux gynécologues s’associent alors à une consœur, Pauline Arbogast, et embarquent dans l’aventure une dizaine de professionnels aux compétences complémentaires, bien décidés à faire tomber les cloisons entre les spécialités.

Regards croisés sur un même parcours
Derrière un accueil bienveillant, assuré par Christelle Gangloff et Nadia De Abreu – très appréciées des patientes – se croisent trois gynécologues, une psychologue, une ostéopathe, deux sages-femmes et une micronutritionniste, épaulés par cinq infirmières qui se relaient pour les prélèvements sanguins. Les agendas sont pensés pour se croiser : on peut enchaîner plusieurs rendez-vous dans la même journée, et les praticiens s’adressent mutuellement des patients selon les besoins : douleurs liées à l’endométriose, errance médicale, besoin de soutien psychologique… « Le patient n’est jamais ballotté d’un cabinet à l’autre. L’idée, qu’il n’ait pas à reconstruire son histoire à chaque porte », résume avec justesse Emmanuelle Sabbagh. 

La mémoire du corps
Présente le jeudi, Alexa Wrzesinski, ostéopathe, travaille sur la fertilité depuis la fin de ses études en 2018. Complétées par plusieurs diplômes universitaires en psychosomatique, douleur et périnatalité, son approche se déploie sur deux plans. D’abord, la mobilité : redonner du mouvement aux organes pelviens, souvent entravés par l’endométriose ou des adhérences. Ensuite, une lecture plus fine du corps. Traumatismes, violences gynécologiques ou sexuelles, IVG mal vécues, fausses couches, stress chronique… autant d’histoires qui peuvent se loger dans le corps et peser sur un parcours de fertilité, y compris lorsque l’infertilité est d’origine masculine ; l’anxiété du couple retentit sur la femme, et le travail corporel devient aussi un outil de relaxation.

Le poids des silences
Présente une demi-journée par semaine, Miléna Katz-Bloch propose écoute, soutien et thérapies ciblées comme l’EMDR, indiquée lorsqu’une expérience trop violente – comme un accouchement difficile ou un deuil périnatal – n’a pas pu être intégrée. Elle insiste sur l’accompagnement du couple : les deux conjoints sont reçus. Des séances communes sont parfois proposées, mais un suivi séparé reste souvent préférable pour préserver la neutralité de l’écoute. « Les hommes expriment leur souffrance plus difficilement, avec une temporalité différente », confie la psychologue. Pour elle, l’enjeu dépasse le seul soutien émotionnel. Face à la surinformation des réseaux sociaux et les injonctions sociétales, beaucoup de femmes arrivent perdues, ne sachant plus par où commencer. « On cherche à leur redonner quelque chose de précieux : l’écoute de soi ». 

Une exigence éthique
Parmi les prestations proposées, la préservation ovocytaire occupe une place particulière. Les consultations sont assurées à la Maison de la Femme et de la Fertilité avant transfert des dossiers à Sainte-Anne, pour les femmes concernées par l’infertilité mais aussi celles qui souhaitent préserver leur fertilité – sous réserve d’avoir entre 29 et 37 ans. « Avant 35 ans, le taux de grossesse par cycle avoisine 10 à 15%, avec un maximum cumulé autour de 80%. Au-delà, les chances diminuent », explique Sidi Kasbaoui. « Mais il ne faut pas faire de promesses abusives », complète Emmanuelle Sabbagh. « Beaucoup de femmes pensent, à tort, qu’une congélation ovocytaire garantit une grossesse future ». L’âge reste déterminant, mais la démarche n’est jamais présentée comme une garantie. Quant au délai national d’accès, il est d’environ un an. Cette rigueur n’empêche pas la Maison de miser sur la prévention. L’association Nutrition Équilibre à la Maison est fraîchement née de la volonté d’une partie de l’équipe. Son but ? Proposer un accompagnement nutritionnel (suivi du poids et de l’équilibre alimentaire) à des tarifs plus accessibles qu’une consultation individuelle classique.

Un refuge, un tremplin
Si la Maison porte le nom de « la Femme », c’est qu’elle ne veut en exclure aucune : femmes seules, couples hétérosexuels, hommes accompagnant leur conjointe… tous les projets parentaux y trouvent leur place, au même titre que les consultations de suivi gynécologique classique et les parcours de PMA. L’arrivée prochaine d’une sexologue complétera cette équipe à taille humaine, unie par une même vision. Reste une ambition, formulée sans grands mots : « que chaque femme reparte d’ici apaisée, quelle que soit l’issue de son parcours », confie Emmanuelle Sabbagh. Ni cabinet médical, ni promesse miracle, la Maison de la Femme et de la Fertilité est un espace chaleureux où l’on peut déposer ses questions, ses doutes, ses espoirs. Un refuge pour traverser l’épreuve, un tremplin pour avancer sereinement.  

Salomé Dollinger

MAISON DE LA FEMME ET DE LA FERTILITÉ
mfstrasbourg.com 
Ouverte du lundi au vendredi de 8h à 18h et le samedi sur rendez-vous
15 boulevard Ohmacht, 67100 Strasbourg
Tram B, E – Arrêt Lycée Kléber
Bus 2 Béthesda stop, Bus H Lycée Kléber stop
Parking Kléber à 5 minutes à pied
Prise de rendez-vous au 03 69 61 01 30 ou sur le site (en cliquant directement sur les profils des spécialistes)