Fondée en 1993, l’association Femmes d’Alsace connaît un second souffle depuis novembre 2024, sous l’impulsion de Christelle Lehry, également adjointe au Maire de Muntzenheim et conseillère régionale. Entre formations, conférences et actions de terrain, l’association rayonne dans la région pour faire avancer l’égalité femmes-hommes.
Tout a commencé par un acte de résistance. En 1992, des femmes souhaitent figurer sur les listes des élections régionales alsaciennes, mais se voient reléguées en positions non éligibles par leurs homologues masculins. Elles décident alors de présenter une liste 100 % féminine et c’est ainsi qu’est élue la première femme conseillère régionale d’Alsace… et de France. De cet élan fondateur naît l’association Femmes d’Alsace, membre fondateur de l’association nationale Elles aussi, association nationale qui dispose d’un siège historique au Haut Conseil à l’Égalité.
Une présidente engagée pour relancer la dynamique
En novembre 2024, Christelle Lehry prend la présidence de l’association. Adjointe au maire de Muntzenheim, conseillère régionale et femme profondément engagée, elle grandit dans un environnement où le débat fait partie du quotidien. « À table, avec nos parents, le dimanche midi était consacré à débattre de l’actualité de la semaine. J’ai toujours été passionnée par la chose politique », confie-t-elle. Prendre les rênes de Femmes d’Alsace s’est donc imposé comme une évidence. Depuis son arrivée, l’association connaît un véritable regain d’activité.
Une parité encore loin d’être acquise
Si les lois ont permis des avancées en matière de représentation, le chemin reste encore long. Pia Imbs a été la première et la seule femme à présider une EPCI . D’une représentante au mandat précédent, elles sont six aujourd’hui à avoir pris la tête d’une ComCom ou d’une agglomération. À l’échelle nationale, les femmes représentent 21 % des maires, contre seulement 14 à 15 % en Alsace. Aujourd’hui, six femmes président une communauté de communes ou une agglomération dans la région – parmi lesquelles Catherine Trautmann, Sylvie Roehlly, Martine Schwartz, Denise Bull, Noëllie Hestin ou Isabelle Suhr – contre une seule en 2020. Pour Christelle Lehry, les freins demeurent avant tout culturels. « Encore aujourd’hui, le premier frein de la femme reste la femme elle-même. Une mère de famille s’interrogera toujours davantage qu’un père. Elle cumule les charges mentales. »
Créer des réseaux et libérer la parole
Conférences, déjeuners-débats, visites institutionnelles, formations pour les élues… Le programme de Femmes d’Alsace s’est considérablement enrichi. En 2024, une conférence consacrée à l’endométriose a même donné naissance à Endo Alsace, une association dédiée à l’accompagnement des femmes concernées. Au-delà des rencontres, l’association revendique une totale indépendance politique. Des élues de tous horizons y côtoient des professionnelles de la défense, des dirigeantes d’entreprises, ou encore des responsables culturelles. Et si son nom évoque les femmes, Femmes d’Alsace s’adresse également aux hommes. « Ce n’est pas contre les hommes. C’est avancer vers plus de parité et d’égalité, avec eux. »
Préparer la relève
L’association souhaite renforcer sa présence dans les lycées, convaincue que l’engagement se construit dès le plus jeune âge. Forte d’une centaine d’adhérentes et portée par une dynamique retrouvée, Femmes d’Alsace entend poursuivre sa mission : accompagner les femmes vers les responsabilités, créer des réseaux et faire de l’égalité une réalité de terrain. Pour Christelle Lehry, la question n’est plus de savoir si les femmes ont leur place dans la vie publique, mais de leur donner l’envie, les outils et la confiance pour l’occuper pleinement. Une ambition qui guide désormais chaque action de Femmes d’Alsace.
Emilie Jafrate