Édition : Haut-Rhin - 23 août 2026

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L’Entretien – Eric Straumann : « Bâtir un territoire durable et prospère, pour préparer Colmar et son agglomération aux défis de demain »

Réindustrialisation, pression foncière, mobilités, gestion de l’attractivité touristique ou encore adaptation au changement climatique… Président de Colmar Agglomération et maire de Colmar, Eric Straumann dessine les grandes orientations d’un mandat placé sous le signe d’un développement maîtrisé. Une ambition : renforcer le dynamisme du territoire tout en préservant son identité et la qualité de vie de ses habitants.

– Quels sont les grands enjeux de ce nouveau mandat?

– Nous faisons aujourd’hui face à une forte tension sur le foncier. Nous privilégions donc une stratégie de développement endogène, en accompagnant en priorité les entreprises déjà implantées sur notre territoire. Liebherr Components investit actuellement près de 90 millions d’euros et, ces cinq dernières années, la zone industrielle nord a bénéficié de 30 à 40 millions d’euros d’investissements. Les terrains encore disponibles sont désormais réservés à des projets fortement créateurs d’emplois. En parallèle, nous accélérons la reconversion des friches industrielles. Après l’ancienne papeterie de Turckheim, le projet de réaménagement de la gare de marchandises de Colmar devrait aboutir au cours des prochaines années. Enfin, nous travaillons également sur l’habitat, à travers notre Programme Local de l’Habitat, afin de mieux répondre aux besoins des habitants de l’ensemble des communes de l’agglomération.

– Les transports et les réseaux constituent également des défis majeurs…

– Effectivement. Nous avons renforcé, à titre expérimental pendant deux ans, les dessertes de notre réseau de bus au sein de l’agglomération. Les premiers résultats sont encourageants. Cette offre facilite les déplacements vers et autour de Colmar tout en limitant le recours à la voiture individuelle. Concernant l’eau et l’assainissement, nos infrastructures vieillissent alors même que les épisodes orageux deviennent plus intenses. Cela nous conduit à investir dans l’adaptation de nos réseaux aux réalités climatiques, avec la construction d’un nouveau bassin d’orage qui permettra de mieux protéger notre environnement. Ces investissements visent aussi à garantir la pérennité d’une ressource en eau de qualité distribuée à nos habitants.

– Colmar Agglomération, est une intercommunalité qui réunit 20 communes. Comment fonctionnez-vous?

– Notre agglomération fonctionne avec un nombre limité de compétences. Nous tenons à préserver la souveraineté des communes et permettre à chaque maire de rester pleinement décisionnaire sur son territoire, notamment en matière d’urbanisme. C’est d’ailleurs cette philosophie qui nous a conduits à renoncer au Plan Local d’Urbanisme Intercommunal. Plus un territoire est vaste, plus ce type de document devient complexe et juridiquement fragile. Nous souhaitons également conserver une agglomération à taille humaine, dont le périmètre reste cohérent géographiquement.

– Colmar Agglomération demeure l’une des destinations touristiques les plus attractives de France. Comment abordez-vous cette fréquentation?

– Nous sommes aujourd’hui confrontés à ce que l’on pourrait appeler les effets de notre succès. Notre stratégie consiste désormais à privilégier une montée en gamme de l’offre touristique. Nous favorisons l’implantation d’établissements quatre et cinq étoiles, mais nous n’investissons plus dans des campagnes de promotion destinées à attirer davantage de visiteurs, et mettons un frein au développement des meublés de tourisme et à la vente d produits touristiques sur l’espace public. Nous considérons que notre capacité d’accueil a atteint sa limite.

– Quelle vision portez-vous pour Colmar et son agglomération dans les années à venir?

– Je souhaite une ville et une agglomération toujours plus prospères, où chacun puisse trouver sa place. Un territoire qui facilite les mobilités douces, qui reste ouvert, tolérant et agréable à vivre. Nous devons également être capables de loger nos habitants et d’anticiper les conséquences du changement climatique. C’est tout le sens des projets que nous menons aujourd’hui, notamment autour de notre schéma directeur de végétalisation, qui va accélérer le verdissement et le rafraîchissement de nos espaces urbains tout en mettant en valeur notre patrimoine historique et en embellissant le cadre de vie des habitants.

Propos recueillis par Emilie Jafrate