Repéré dans le Haut-Rhin depuis 2023, le frelon à pattes jaunes s’est déployé de manière exponentielle, passant de 2 à 600 nids en deux ans dans le département. Face à cette menace pour les abeilles, les insectes pollinisateurs et plus largement la biodiversité, Mulhouse Alsace Agglomération a engagé une lutte coordonnée à l’échelle de ses 39 communes.
Plus petit que le frelon européen, le frelon à pattes jaunes a été observé pour la première fois dans le Haut-Rhin en 2023. « C’est un insecte tout à fait étrange, souligne Pierre Salze, conseiller communautaire délégué à la biodiversité. Il aime les jardins, les jeux pour enfants et s’implante souvent aux mêmes endroits que les guêpes. Il faut régulièrement faire le tour de son habitation pour détecter les nids primaires. Le frelon à pattes jaunes est un urbain ! » Les premiers nids ont été découverts à Houssen en mai 2023, avant une forte progression sur le territoire.
Un seul nid peut entraîner la destruction de plus de 11 kg d’insectes, dont 30 à 40 % d’abeilles.
Une menace directe pour la biodiversité
L’alerte a d’abord été portée par les apiculteurs. Prédateur redoutable des insectes et des abeilles, le frelon à pattes jaunes représente un danger à plusieurs niveaux. Pour la filière apicole, l’impact est majeur avec une destruction estimée à 20 % du cheptel chaque année, soit environ 12 millions d’euros de pertes. À l’échelle de la biodiversité, un seul nid peut entraîner la destruction de plus de 11 kg d’insectes, dont 30 à 40 % d’abeilles. Le frelon à pattes jaunes constitue aussi un risque pour les populations sensibles et dans les lieux très fréquentés comme les marchés, terrasses ou jardins. « L’enjeu n’est cependant pas sanitaire comme avec le moustique tigre. Il est bien lié à la biodiversité. Si les insectes disparaissent, toutes les chaînes seront impactées. »
180 pièges déployés sur les 39 communes de l’agglomération
Pour limiter sa progression, m2A a déployé 180 pièges sélectifs sur ses 39 communes, à partir de cartes d’implantation destinées à optimiser le piégeage. Leur objectif : attirer les reines fondatrices grâce à un appât simple, tout en limitant la capture d’insectes non ciblés. La stratégie repose sur un calendrier précis. Au printemps, la reine construit seule son nid primaire dans un lieu protégé : c’est le moment clé pour agir. « À partir de mi-mai, les ouvrières naissent et le nid primaire devient trop étroit. Dès juillet, un nid secondaire est construit pour atteindre jusqu’à 2 000 individus en septembre-octobre », précise Pierre Salze. La lutte passe aussi par la formation des agents techniques, sensibilisés à l’utilisation des pièges, aux réponses à apporter aux habitants et aux procédures de destruction sur les espaces publics comme privés.
Observer, recenser, ajuster
Cette action permet également de collecter des données pour ajuster les prochaines campagnes. « Il est important que les agents nous signalent le nombre de frelons piégés, notamment via lefrelon.com. Cela nous permet d’affiner les moyens mis en place », souligne Pierre Salze. À ce jour, 20 communes sur 39 ont déjà signalé au moins un nid primaire. La campagne de piégeage du printemps 2026 a permis la capture de 6 000 à 7 000 reines dans le département, dont un quart sur le territoire de m2A.