Pionnière en matière de transition écologique, la commune d’Ungersheim avance depuis plus de 25 ans sur un chemin singulier : celui de l’autonomie, de la sobriété et du lien social. Une trajectoire impulsée par Jean-Claude Mensch, ancien mineur, maire durant six mandats, aujourd’hui encore adjoint délégué à la transition écologique, énergétique et alimentaire.
Élu pour la première fois en 1989, Jean-Claude Mensch a inscrit son action dans le temps long. Une condition essentielle, selon lui, pour mener une transformation profonde. « Moins on est dépendant, plus on est libre, soulignet-il. Et être libre, c’est garder son espace vital. Lorsqu’on se lance, on enclenche un cercle vertueux. Une action en éveille une autre. C’est une volonté politique qui demande de sortir de sa zone de confort. Il faut du courage. »
L’énergie comme premier levier
À Ungersheim, la question énergétique s’est posée il y a déjà 25 ans. La commune hérite alors d’une piscine et d’un groupe scolaire entièrement chauffés à l’électricité. « Nous avons investi dans une installation solaire thermique, qui était à l’époque la plus importante d’Alsace. Nous nous sommes aussi tournés vers la biomasse, avec un réseau de chaleur au bois », se souvient JeanClaude Mensch. C’est ainsi que débute la transition. Depuis 2013, Ungersheim produit suffisamment d’électricité renouvelable pour couvrir les besoins de ses habitants.
Le mouvement international des villes en transition pour inspiration
La démarche s’inscrit dans l’esprit du mouvement international des villes en transition, initié en 2005 par un enseignant britannique en permaculture, autour d’un programme intitulé 21 actions pour le XXIe siècle. « Il concerne l’indépendance énergétique, la souveraineté alimentaire, mais aussi une forte dose d’autonomie intellectuelle, car il faut préparer les esprits pour que les messages passent », précise Jean-Claude Mensch.
La participation comme moteur collectif
Pour engager les habitants, la commune a créé plusieurs instances participatives : conseil des Sages, jury citoyen, comité de pilotage des enfants. « Elles permettent aux gens de se rencontrer, de se connaître et de se respecter. » Autre symbole fort de cette transition douce : les chevaux communaux, utilisés notamment pour conduire les enfants à l’école et les travaux dans les champs. Après le départ de Richelieu, le plus ancien, disparu en 2024 à l’âge de 22 ans, Kosak, et Diabolo poursuivent cette mission. Deux mascottes de 700 kg l’été, 800 kg l’hiver, suivies par une personne dédiée.
De la graine à l’assiette
L’alimentation constitue l’un des piliers de la transition ungersheimoise. La commune dispose d’une ferme municipale exploitée par la mairie, avec l’ambition de maîtriser la chaîne alimentaire « de la graine à l’assiette ». Sa régie agricole gère 29 hectares, dont une partie reste encore en prairie. « Nous sommes quasiment autonomes aujourd’hui. Nous avons trois producteurs de viande dans le village, trois maraîchers employés par la commune, ainsi qu’un boulanger paysan. Il nous manque encore les légumineuses, mais nous sommes globalement en capacité d’assurer la souveraineté alimentaire de la commune, en consommant local et de saison. »
Des filières locales en construction
La ferme municipale comprend plusieurs ateliers de transformation : une conserverie actuellement en pause, un pressoir à pommes, une microbrasserie et un pressoir à huile. Le projet est de semer du colza, du tournesol et du chanvre afin de créer des filières ultracourtes, locales et bio. Les 400 arbres fruitiers, composés à 80 % de pommiers, alimentent déjà la production de jus.
« Moins de biens, plus de lien »
« Pour nous, la transition écologique, c’est avant tout la création d’autres modes de vie. Elle permet d’être plus reliés. Le changement est souvent synonyme d’insécurité, mais il est tellement enrichissant humainement ! Moins de biens et plus de liens, voilà ce qu’il provoque. » Pour convaincre, la commune a toujours veillé à démontrer que ses choix ne mettaient pas en péril le budget communal. « Depuis 2003, nous n’augmentons plus les taux d’impôts communaux, et ça, ça parle », sourit Jean-Claude Mensch.
Une transition entrée dans le quotidien
Aujourd’hui, les habitants viennent faire la queue pour acheter des œufs. Chaque foyer se voit offrir un panier de légumes bios dans l’année et les femmes enceintes en bénéficient chaque semaine, de leur troisième à leur neuvième mois de grossesse. Une manière de créer un lien durable avec une alimentation saine, prolongée par la restauration scolaire bio, proposée à tous les enfants de 3 à 11 ans depuis 2009.
Un tissu associatif très engagé
Le tissu associatif occupe lui aussi une place centrale. Depuis près de 60 ans, 400 bénévoles se mobilisent pour faire vivre la Fête du Cochon. « C’est un tissu associatif sur lequel la municipalité s’appuie. Lors de mon premier mandat, nous avons créé la Maison des Jeunes et de la Culture. Au deuxième mandat, elle comptait 2 200 adhérents, soit davantage que le nombre d’habitants ! » Ungersheim compte aujourd’hui quatre associations pleinement inscrites dans cette dynamique : La Potassine, De la graine à l’assiette, Les Joyeux Pommés, réunissant apiculteurs et arboriculteurs, Radisol, autour de la monnaie locale, ainsi qu’AMEVU, l’Association Multi Énergies Vertes d’Ungersheim.
De nouveaux chantiers pour aller plus loin
La suite s’écrit autour du renforcement de la souveraineté alimentaire, avec le développement des filières oléagineuses, légumineuses et céréalières. L’autre grand chantier concerne la reconnexion des trames vertes et bleues reliant Wittelsheim à Colmar en passant par Ungersheim, en ce qui concerne le département du Haut-Rhin. Dotée d’un écoquartier de niveau trois, composé de neuf habitations, la commune vise désormais le niveau quatre avec la deuxième tranche de son éco-hameau. À Ungersheim, la transition écologique n’est pas un slogan. C’est une manière de vivre, de produire, de consommer et surtout de faire commune. Une démonstration concrète qu’un territoire peut avancer autrement, en misant autant sur l’autonomie que sur l’humain.