Édition : Colmar - 3 juin 2026

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Parc de Wesserling, le grand circuit écomuséal vivant

PARC DE WESSERLING ECOMUSÉE TEXTILE

Ouvert du 1 er mai au 1 er novembre 2026
- Tous les jours de 10h à 18h
- Adulte 14€ sur place (13€ en ligne)
- Enfant 4-17 ans : 9€ (8€‹ en ligne)
- Gratuit pour les enfants de - de 4 ans.
- Accessible PMR et poussettes.

parc-wesserling.fr

Fruit de près de 20 ans de mobilisation et de reconstruction autour du patrimoine textile de la vallée, le Parc de Wesserling franchit une nouvelle étape avec l’ouverture de son nouveau parcours écomuséal immersif. Entre mémoire ouvrière, innovations scénographiques, jardins remarquables, expériences sonores et dispositifs interactifs, le site confirme sa transformation en véritable laboratoire vivant du patrimoine industriel alsacien. Porté par François Tacquard, le site hautrhinois est un véritable symbole de reconversion et de résilience territoriale

Dans la vallée de la Thur, au cœur du HautRhin, le Parc de Wesserling n’est pas qu’un ancien site textile reconverti. C’est un pan entier de l’histoire industrielle alsacienne devenu aujourd’hui un véritable écosystème culturel, touristique et économique. L’aventure débute au XVIIIe siècle avec l’implantation des premières activités textiles. En 1802, les manufactures d’impression sur étoffes donnent une nouvelle dimension au site. À son apogée, Wesserling fait vivre des milliers de personnes et façonne durablement toute une vallée. Dès 1860, près de 5 000 ouvriers travaillent sur ce qui deviendra l’un des plus importants ensembles textiles de France. Puis viennent les crises industrielles, les restructurations et la fermeture progressive des activités, laissant derrière elles un patrimoine colossal à réinventer

Une immersion au cœur de 250 ans d’histoire

Cette histoire se découvre désormais à travers un Grand Circuit Écomuséal Vivant pensé comme une immersion en sept étapes. La visite débute en 1785, dans la Manufacture royale d’indiennes, avec une reconstitution vivante animée par une ouvrière en costume d’époque. Direction ensuite le Château, en 1850, pour plonger dans le quotidien des patrons de l’industrie textile, avec parfois la surprise de croiser le maître des lieux ou son épouse. Le parcours se poursuit dans les cinq jardins paysagers de 1900 avant de faire escale à la Ferme de la Manufacture, véritable plongée dans la vie rurale de l’époque. Le rôle des animaux dans l’usine, entre 1760 et 1930, y est raconté à travers les anecdotes du valet de ferme. Changement d’ambiance ensuite dans la Grande Chaufferie de 1963, où le chef de la centrale énergétique dévoile les coulisses techniques du site. Le visiteur termine enfin son voyage dans le laboratoire de l’usine des années 2000 puis dans la spectaculaire Salle des Turbines, point final de ce parcours de deux kilomètres retraçant 250 années d’odyssée textile. Inspiré des « Living Museums » anglais, ce circuit fait vivre le patrimoine à travers des décors immersifs, des ambiances sonores et des comédiens qui donnent corps à l’histoire du site.

Le pari fou de François Tacquard

Si le Parc de Wesserling est encore debout aujourd’hui, c’est en grande partie grâce à la conviction et à la ténacité de François Tacquard, ancien ingénieur agronome devenu président de l’Association de gestion et d’animation du parc textile de Wesserling. « C’est l’aboutissement d’une belle aventure complexe, raconte-t-il avec le sourire. Mais je n’étais pas seul. J’étais entouré d’une vingtaine d’amis écolos du patrimoine. » L’aventure débute véritablement en 1993-1994 avec la création d’un comité de sauvegarde du patrimoine. À l’époque, le château est abandonné, squatté, et le site semble promis à l’effacement. « C’était une énorme bataille qui a animé toute la vallée jusqu’en 2000 », se souvient-il. Il faudra six années de combat pour obtenir l’inscription du site aux Monuments Historiques avec le soutien de la Région. En 1998, élu conseiller général, François Tacquard prend également la direction du musée du costume. Un projet ambitieux, mais coûteux, avec peu de moyens. « On avait le pouvoir… et la ruine », résume-t-il avec humour. « On s’en est sortis grâce à la frugalité. Nous n’avions pas d’argent, mais du jus de crâne et de l’habileté. »

Sauver plutôt que démolir

Entouré de son bureau d’études et d’architectes de confiance, François Tacquard fait alors un choix fort : conserver un maximum des structures existantes et respecter l’intelligence originelle des bâtiments industriels. « La réaction du frileux, c’est de démolir. Pourtant, démolir coûte souvent plus cher que sauver », explique-t-il. C’est notamment cette philosophie qui permettra de préserver la Grande Chaufferie. « Tout s’était écroulé, mais la structure restait solide. Finalement, reconstruire coûtait 100 000 euros de moins que la démolition. » Au fil des années, le développement d’activités complémentaires permet également d’assurer la survie économique du site : chantier d’insertion potager alimentant le restaurant, événements culturels, ou encore le célèbre Festival des Jardins Métissés, et le conte de Noël, devenus de véritables incontournable dans la région. Les 40 000 m2 d’usine quant à eux, ont été transformés en un vaste hôtel d’entreprises, qui accueille aujourd’hui une centaine de PME, pour un total de 250 emplois.

Un site tourné vers l’avenir

Aujourd’hui, le Parc de Wesserling attire près de 70 000 visiteurs chaque année. L’objectif est désormais clair : franchir un nouveau cap touristique à l’échelle régionale puis nationale. La fréquentation pourrait atteindre 80 000 visiteurs d’ici fin 2026, avec une ambition de 130 000 visiteurs à horizon quatre ans. L’autre défi consiste à élargir sa zone d’attractivité en passant d’un bassin de visiteurs situé à une heure de route à un rayonnement de deux heures. Le Grand Circuit Écomuséal Vivant doit encore évoluer avec de nouveaux aménagements, notamment autour de la cafétéria et des espaces de convivialité pensés pour prolonger l’expérience. À Wesserling, les machines se sont peut-être arrêtées, mais le site n’a jamais cessé de vivre. Entre mémoire ouvrière, transmission et réinvention permanente, l’ancien géant textile alsacien prouve qu’un patrimoine industriel peut encore fabriquer du lien, de l’émotion… et de l’avenir.