Édition : Bas-Rhin - 15 octobre 2026

L'actualité du Bas-Rhin > Les articles > Le Dossier du Mois

Grand Format – Le Parc d’Innovation d’Illkirch-Graffenstaden, bien plus qu’une adresse pour les entreprises

Avec près de 8 000 personnes présentes sur le site, le Parc d’Innovation d’Illkirch-Graffenstaden constitue le principal pôle d’activités du sud de l’agglomération strasbourgeoise. Entreprises, laboratoires et établissements d’enseignement supérieur y travaillent au sein d’un même écosystème, soutenu par la Ville, l’Eurométropole de Strasbourg et la Région Grand Est. 
Une fourmilière d’innovation, source d’attractivité et de rayonnement pour notre territoire économique… Entretiens croisés avec quelques acteurs de cette dynamique locale.

D’un côté, les bâtiments contemporains, de l’autre, la réserve naturelle et ses chemins. Entre les deux, des chercheurs, ingénieurs et étudiants. « Ce n’est pas juste un parc d’activités classique où l’on trouve des entreprises les unes à côté des autres », introduit Thibaud Philipps, maire d’Illkirch-Graffenstaden. Pour les entreprises, cette proximité ouvre l’accès à des compétences, à des équipements et à de futurs salariés. Implanté sur le parc depuis le milieu des années 1990, IREPA Laser travaille notamment avec le laboratoire ICube. « Nous sommes tout à côté de Télécom Physique. Il y a de jeunes étudiants et de futurs ingénieurs avec lesquels nous aimons travailler », souligne Vincent Pesquet, président d’IREPA Laser. « Être dans un écosystème d’innovation, c’est porteur pour aller chercher des idées, mais aussi pour se remettre en question. » Installé à Illkirch depuis 2004, Aerial bénéficie des mêmes proximités. Comme IREPA Laser, la structure est également labellisée centre de ressources technologiques (CRT) par l’État. Un statut qui lui permet d’accompagner les entreprises dans leurs projets d’innovation en mettant à leur disposition son expertise, ses équipements et ses compétences technologiques, en lien avec des laboratoires de recherche et des centres de compétences. Le rôle d’Aerial est de mettre la recherche et l’expertise au service de l’industrie. « Il y a une proximité et un écosystème riche qui font qu’il est intéressant, pour une structure comme la nôtre, de se retrouver dans ce parc d’innovation », résume Alain Strasser, directeur général d’Aerial. Les laboratoires voisins deviennent des partenaires et les écoles, un vivier de stagiaires et d’ingénieurs.

La collectivité en facilitatrice
Cet écosystème est aussi le fruit d’une politique publique qui accompagne l’installation puis le développement des entreprises. Portés financièrement par l’Eurométropole de Strasbourg, les Bioparcs offrent des locaux adaptés aux jeunes structures. Certaines start-ups peuvent y démarrer leur activité avant d’acheter un terrain plus important et de s’ancrer durablement sur le site. Le soutien se poursuit lorsque les entreprises investissent. L’extension qu’Aerial prévoit pour début 2028 doit être financée conjointement par l’entreprise, la Région Grand Est et l’Eurométropole. IREPA Laser a également bénéficié d’aides publiques pour agrandir ses locaux et investir dans de nouveaux équipements, notamment consacrés à la fabrication additive et à l’usinage laser. « Heureusement que les collectivités sont là, parce que c’est une vraie aide pour une entreprise comme la nôtre, dont le cœur de métier est l’innovation », reconnaît Vincent Pesquet. « L’innovation, il faut la financer d’une façon ou d’une autre. Et elle prend du temps. » Ces aides permettent notamment aux entreprises d’investir dans de nouveaux équipements et de poursuivre leurs travaux de recherche. Alain Strasser est convaincu qu’un tel environnement aide le territoire à attirer entreprises et compétences. Elles trouvent sur place un environnement de recherche et développement, mais aussi les ressources humaines nécessaires à leur croissance. Le rayonnement se joue aussi dans l’autre sens. Aerial a ainsi organisé à Strasbourg un congrès international consacré à l’irradiation, attirant de ce fait des spécialistes venus de plusieurs pays.

Faire vivre le parc
À l’échelle municipale, le rôle de la collectivité se joue aussi dans le quotidien. Depuis 2020, la Ville cherche à renforcer ses échanges avec les entreprises et à intervenir comme facilitatrice. Amélioration des accès, création de pistes cyclables, éclairage, commerces, restauration ou hébergements : autant d’éléments qui, pour le maire, participent pleinement à la vie et à l’attractivité du parc. Le cadre de travail compte également. Près de 200 arbres supplémentaires ont été plantés sur un site déjà très végétalisé, à deux pas de la réserve naturelle. « Les visiteurs nous le disent : le cadre est vraiment enviable », confirme Vincent Pesquet. À proximité, l’écoquartier des Prairies du Canal doit accueillir environ 1 200 logements en deux tranches, avec des formes d’habitat variées. Et pour la suite ? Le Parc d’Innovation dispose encore de réserves foncières dans sa partie sud. De nouvelles entreprises pourront donc rejoindre le site dans les prochaines années. À condition, toutefois, de préserver ce qui fait aujourd’hui son intérêt : un environnement où une entreprise peut trouver à quelques pas des étudiants, des chercheurs, des équipements et des partenaires publics. Le tout dans un cadre idyllique. Bien plus que des bureaux, en somme.

De la recherche à l’industrie
« Nous aidons les industriels à s’approprier le laser comme un outil de fabrication », résume Vincent Pesquet. Le laser agit directement sur la matière pour la fondre, la découper, la percer ou la vaporiser. Il permet de souder avec précision ou de travailler des matériaux sur lesquels les outils traditionnels montrent leurs limites. L’entreprise développe également des procédés de fabrication additive métallique. De la poudre ou du fil métallique sont déposés puis fondus grâce au laser pour fabriquer, réparer ou modifier une pièce. IREPA accompagne enfin les entreprises dans la sécurisation de leurs installations, à travers des formations et des audits. « Nous voulons que le laser soit démocratisé, mais qu’il le soit en toute sécurité », précise Vincent Pesquet. Ces technologies trouvent des applications dans de nombreux secteurs industriels, de l’aéronautique et spatial, à l’automobile, l’énergie ou encore la défense. À quelques bâtiments de là, Aerial déploie une expertise très différente. Le centre travaille notamment sur les techniques d’ionisation qui consistent à exposer des produits ou des matériaux à des rayonnements afin d’en améliorer les propriétés. Les applications vont de la décontamination des aliments à la stérilisation de dispositifs médicaux. Aerial intervient aussi sur la sécurité microbiologique, la qualité nutritionnelle et la qualité sensorielle des aliments. Avec une quarantaine de collaborateurs, Aerial reste à taille humaine, mais son rayonnement dépasse largement l’Alsace. « Nous sommes une structure de taille humaine, mais avec beaucoup d’expertise », souligne Alain Strasser. Centre collaborateur de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Aerial travaille avec des partenaires du monde entier.

Le Parc d’Innovation en chiffres
170 hectares de superficie
8 000 personnes au quotidien
+ de 100 entreprises 
3 500 étudiants
3 000 salariés
1 500 chercheurs et enseignants
200 000 m² de surface bâtie
45 hectares encore disponibles…